25 septembre 2007
Tu veux séduire. Soit. Mais arrête de penser à toi et pense à elles. Cesse d'être égoïste. Combien de femmes comptes-tu encore faire souffrir?
12 juillet 2007

Comme tous les matins, je la lave, je l'habille, je lui brosse les dents et la coiffe.
Comme
tous les matins elle tremble, des secousses incontrôlées s'emparent de
son corps. Elle a froid, oui. Mais pas seulement. Ce matin elle est
particulièrement réticente à se déshabiller et faire sa toilette. Son
regard est plus inexpressif encore qu'à l'accoutumée. Je la sens
hostile à mon égard. Elle baisse la tête et me tourne le dos;
j'utlilise toute la douceur dont je suis capable pour obtenir sa
coopération. J'ai du mal à lui enlever son pyjama, elle résiste, dit
"Non, non!". Je dois faire preuve de fermeté, un peu, comme s'il ne
s'agissait que du caprice d'une enfant. Mais cette enfant a un peu plus
de soixante ans et elle n'a pas choisi de ne plus être elle-même. Elle
subit la loi de la maladie qui a mis un terme à sa vie "normale".
Je la regarde, elle m'émeut, petit bout de femme qui ne se regarde même plus dans le miroir quand je brosse ses cheveux. Pour quoi faire? Elle ne s'y reconnaîtrait peut-être déjà plus. Elle semble coupée d'elle-même, comme si son âme avait déserté son enveloppe charnelle. Comme une marionnette docile, elle se laisse habiller, ses yeux fixant le vide. Je me demande ce qui peut bien se passer dans sa tête. A-t'elle encore une pensée cohérente? Se rend-elle compte de sa déchéance progressive et inéluctable? Est-ce le noir complet dans son esprit, le néant? De quoi se souvient-elle exactement?
Je
me pose toutes ces questions quotidiennement, et à la fin, à chaque
fois, une seule certitude : je ne veux pas finir ma vie comme ça. Sauf
que si Alzheimer décide de s'installer en moi, je n'aurai pas
le choix.
25 juin 2007
S
Quand on s'est rencontré, toi et moi, on s'est aussitôt bien entendu. Je te revois avec ton catogan et ton grand gilet en laine... J'ai tout de suite éprouvé une grande sympathie pour toi, et nous sommes devenus complices en peu de temps. Se confiant régulièrement l'un à l'autre, on a passé quelques soirées à refaire le monde en écoutant Ferré, à s'enivrer, aussi. J'ai beaucoup souffert de te voir te perdre dans tes paradis artificiels. J'en ai versé, des larmes... Voir mon ami se détruire la santé comme tu le faisais sciemment était insupportable. Plus d'une fois tu m'as mise en difficulté au travail; j'essayais de rattraper tes erreurs, de les minimiser pour t'éviter des remontrances de la part du chef... Mais personne n'était dupe de ton état, et je te l'avoue aujourd'hui : je t'en ai parfois voulu de provoquer ces catastrophes qui me donnaient beaucoup de travail supplémentaire et généraient du stress dans tout le magasin.
Tu passais tes nuits en boîte, mon petit papillon de nuit... Des hommes, tu en as eus; beaucoup, même. Hommes d'un soir qui ne voyaient pas toujours ta fragilité ni les larmes que tu refoulais.
Un jour tu es parti; d'une ville à une autre, un lien épistolaire s'est créé. Puis tu as rencontré celui qui n'a pas été l'amant d'un soir ni même de deux, mais le compagnon dont tu rêvais probablement depuis longtemps.
Ensuite... L'annonce de ta maladie. Mon désespoir était tellement grand; ce n'était pas possible que tu sois malade, TOI. Ce n'était tellement pas possible, que j'ai sans hésiter accueilli la bonne nouvelle quelques semaines plus tard : il y avait eu une erreur dans les analyses, tu n'étais plus malade!
Mon soulagement a été proportionnel au chagrin qu'il remplaçait soudain.
La vie a continué, on s'est croisé de moins en moins souvent; tes lettres, bien que longues, ne pouvaient pas se substituer à la joie de te voir près de moi. Puis de fil en aiguille, on s'est perdu de vue. Tu devais venir me voir, et ça ne s'est jamais fait. La dernière fois que j'ai téléphoné, c'est ton ami qui a décroché, tu étais sous la douche. J'ai proposé de rappeler un peu plus tard; ce que j'ai fait, sans jamais plus réussir à te joindre. J'ai été en colère contre toi, très bêtement et très égoïstement.
Aujourd'hui, je pense toujours à toi, S. Tu me manques. Il y a juste une idée que j'essaye de chasser, un doute qui a fini par s'insinuer dans mon esprit avec le temps. Je me demande finalement si la "guérison miracle", qui aujourd'hui me paraît tout de même assez improbable, a vraiment eu lieu, ou si tu as choisi de mentir pour me protéger, ainsi que d'autres personnes proches, peut-être... Mon dieu, comme j'espère me tromper! Je ne saurai jamais ce qu'il en est réellement. Ce soir j'ai eu très envie de parler de toi, j'espère que tu ne m'en veux pas. C'est ma façon de te montrer que malgré toutes ces années sans nouvelles, tu comptes toujours énormément pour moi. Où que tu sois, quelle que soit ta vie, prends soin de toi.
19 juin 2007
10 juin 2007
Lili plus sienne
Je veux devenir riquiqui.
Je voudrais m'enrouler dans le vent et qu'il me désagrège, qu'il me pulvérise gentiment.
Et quand je serai devenue suffisamment petite, aussi légère qu'un soupir, j'irai sur les chemins, me promener sur un grain de poussière. Sur cette monture microscopique, je m'envolerai dans un souffle d'air pour aller me mêler de tes affaires. Tu ne me verras pas venir, Humain, et pour rire j'irai te piquer l'oeil gauche. Tu pleureras pour de faux en bougonnant. Voguant sur la larme de fond que tu auras essuyée d'un revers de main, je glisserai jusqu'au sol. Là, mêlée de près ou de loin à la terre, je pataugerai dans cette boue salée. C'est bon pour la peau, paraît-il. Je n'aurai pas le temps de profiter longtemps de cette baignade improvisée, car une semelle en caoutchouc pointure 44 décidera, à ce moment précis, qu'il est temps que je m'écrase. Dont acte.
03 juin 2007
Quand le château de cartes s'écroule
Quand l'édifice est trop fragile,
Que le miroir aux alouettes se brise
Quand le retour à la case départ se fait malgré soi...
Quand le coeur sent qu'il se trompe
et fuit méthodiquement tous les leurres
Quand l'esprit revient malgré tout
sur la voie qu'il a choisi depuis longtemps
Que faire?
21 mai 2007
Expression libre
E.Munch, "Le cri"
Celui qu'on étouffe
Celui qui cherche à sortir par tous les moyens, qu'on réprime coûte que coûte
Celui qui est visible dans un regard exorbité
Celui en qui nous plaçons tous nos espoirs de libération
Celui que l'on voudrait donner en offrande à l'Autre, en lui disant "Vois, je disais vrai!"
Celui qui nous déchire les entrailles
Celui qui prend racine au plus profond de nos errances d'humain
Celui qui devrait sortir mais qui ne vient pas et qui nous bouffe de l'intérieur
Celui que l'on sent comme une boule chaude au creux de son ventre
Celui qui terrorise
Celui qui fait rire
Celui qui est tellement spontané, qu'il surprend l'entourage
Celui qui n'est que le premier d'une longue série
Celui qui déchire la poitrine...
A vous... Selon l'humeur du moment et l'inspiration...
13 mai 2007
Le fil

Pour un filament, un être-lumière,
une bobine s'est déroulée pendant des millions de mots.
Feeling immédiat
Par la magie du fil de faire, au fil du temps se laisser faire
Filons, filons l'un vers l'autre!
Face à moi tu te défiles... je m'effiloche.
...Contre mon gré, il me faut petit à petit le fil défaire!
Ce fil s'effile, je me prends les pieds dedans.
Scie-amant, j'interromps le fil de mes pensées, sous peine de perdre le fil de ma vie.
En tête, conserver des images fortes, des mots, des parfums, des morceaux de peau qui se touchent... fil d'Ariane entre le muguet et le quai.
Fil tendu à l'extrême, prêt à se rompre
Je dois couper, pas de noeud possible.
Les statues de sel ont cessé de t'attendre.
La fuite en avant pour seule alternative.
A corps perdu
A âme perdue.
Clic
17 avril 2007
J'ai une relation particulière, presque sensuelle, avec les livres. Merveilles des merveilles.
C'est une passion; l'amour de l'objet, avant même son contenu. Un plaisir à plusieurs dimensions qui sollicite les sens. Pour commencer, la vue. Le choix est vaste : couvertures colorées ou non, l'attrait de l'illustration ou de la photo, ou simplement de la forme des caractères employés. L'intense bonheur de découvrir le petit résumé de la quatrième de couverture, une mise en bouche dont je me délecte à chaque fois. Ensuite, le toucher prend le relais... J'aime intensément caresser du plat de la main la surface lisse, puis passer le pouce horizontalement sur la tranche pour séparer les pages d'un geste rapide... Ouvrir le livre en grand, en plein milieu, n'importe où. Laisser mes doigts courir librement sur la douceur du papier, l'effleurer délicatement comme je le ferais d'une peau aimée. Fermer les yeux et approcher mon nez, l'enfouir au creux de l'ouvrage et respirer l'odeur caractéristique du papier neuf. Voilà bien l'une des choses capables de me rassurer : l'odeur du papier fraîchement imprimé.
Et puis, et puis... Une fois que l'objet s'est livré physiquement, il me reste à découvrir son âme : pénétrer dans l'esprit de l'auteur, découvrir petit à petit l'histoire, voir se dérouler sous mes yeux des milliers de mots, comme un ruban sans fin... Je laisse courir mon imagination pour mettre des images sur les mots, des visages sur les personnages. Je me régale tellement des mots qu'il m'arrive parfois de lire à haute voix, juste pour le plaisir de la musique que donnent les différentes intonations prises, selon que je suis narratrice ou l'un des protagonistes de l'histoire.
Quand je lis, il est inutile de m'adresser la parole; la Terre pourrait s'effondrer sous moi, que je ne le sentirais pas. Mon esprit est ailleurs, embarqué sur une mer de lettres, un océan de mots dont je ne peux m'arracher que difficilement. Le retour à la réalité est toujours trop brusque. Lorsque je pense à la quantité incalculable de récits différents qu'il est possible d'écrire, sous toutes les formes possibles et imaginables, je me dis que l'écriture est de loin la plus belle invention de l'homme.
13 avril 2007
Ce matin, le soleil brille haut dans un ciel presque sans nuages; l'air est agréablement frais. Je décide d'aller me promener en ville. Il y a longtemps que je n'ai pas parcouru mes chères rues, témoins muets de mes treize années de vie citadine.
Je monte dans ma voiture et pars, le coeur léger et la vitre baissée. En descendant la côte du cimetière monumental, j'aperçois en contrebas, face à moi, la ville qui se laisse deviner, belle dame encore un peu endormie sous le soleil de ce début de matinée. Cette vision suffit à éveiller en moi des envies de sourire, de chanter, de profiter pleinement de chaque minute et de chaque sensation.
Une fois garée sur la place du Boulingrin, je traverse le boulevard et me retrouve en haut de la rue Poussin, mon chemin préféré pour descendre en ville à pied. La petite rue biscornue et pentue regorge de vieilles maisons et de petits jardins cachés dans des renfoncements, lui donnant un air de village qui me plaît bien. Chaque pas effectué me rapproche un peu plus du coeur historique de la ville, et mon imagination ne se lasse pas de me plonger dans des rêveries médiévales...
Dans la rue saint Nicaise, toujours en descente, de nombreux colombages colorés, vestiges merveilleux que la seconde guerre mondiale a bien voulu épargner, rappellent cette époque lointaine. Plus bas, mes pas me guident instinctivement dans la rue Orbe, quartier animé grouillant d'étudiants. Je traverse la voie en évitant de perturber le cours d'un déménagement et suis soudain attirée vers la gauche, par le soleil qui se faufile dans la rue de l'Abbé de l'épée, illuminant d'une teinte dorée les façades plusieurs fois centenaires. A présent, s'ouvrent devant moi les grilles du jardin de l'hôtel de ville, agréable parc dont les pelouses vallonnées ont souvent accueilli mes flemmes d'étudiante. Ici, tout le monde profite pleinement de la douceur de ce jour printanier : je dépasse un couple dont le bébé, titubant sous le regard fier de ses parents, ébauche ses premiers pas sur le chemin poussiéreux. Un homme assis sur un banc, engourdi par la chaleur et rougissant à vue d'oeil, s'est endormi, les mains croisées sur son opulente bedaine.
Rue de l'Hôpital, la foule un peu plus compacte des passants me fait ressentir la proximité du quartier piétonnier, le plus fréquenté de la ville. Sur les pavés usés de la rue des Carmes, je manque, comme souvent, de me tordre une cheville, toute absorbée que je suis, le menton relevé, dans la contemplation des maisons. Les rez de chaussée ne m'intéressent pas; je laisse les boutiques chic à la population essentiellement bourgeoise qui y fourmille. Je préfère laisser mon regard s'attarder en hauteur sur les murs des quelques bâtisses moyennâgeuses qui ont résisté aux bombardements. Surtout, j'ouvre grand les yeux en arrivant sur la place de la Cathédrale. Jamais je ne me lasse d'admirer de l'extérieur cet édifice imposant et grâcieux à la fois, dont la blancheur se découpe dans l'azur.
Fidèle à mon habitude, je parcours ensuite la rue du Gros Horloge, dont le charme éternel, renommé partout dans le monde, attire de plus en plus de touristes asiatiques. Un petit crochet par la rue Rollon me permet de tomber nez à nez avec les étals colorés d'un marchand de primeurs. La bonne humeur des passants qui s'agitent devant les paniers remplis d'appétissants fruits et légumes fait plaisir à voir. Dans cette région réputée pour son climat plutôt humide, le moindre rayon de soleil suffit à métamorphoser les habitants. La morosité laisse place à une décontraction très agréable; les sourires apparaissent plus volontiers sur les visages. Aujourd'hui est donc le jour idéal pour en faire provision! Je ne m'en prive pas, et c'est le coeur léger que je retourne à ma voiture.

