02 janvier 2008
L'ennemi
Debout dans l'étroite et sombre pièce, il lui faisait face.
Tendu, le visage fermé, il était concentré dans la contemplation de celui qui
l'observait aussi: son Ennemi, le seul. L'intensité avec laquelle il le
regardait était telle qu'elle lui brûlait les yeux. Il réfléchissait, aussi.
Très vite, de façon un peu désordonnée, mais dans un but unique : comprendre. Il se disait aussi que cette situation inédite, de se trouver seul
face à la personne qui lui voulait le plus de mal au monde, était sans aucun
doute la plus angoissante de sa vie.
C'était étrange, très étrange. Jamais il n'aurait imaginé ça, et pourtant les
faits étaient bien là : il venait de se découvrir un Ennemi, avec un E
majuscule. Il avait été surpris de s'apercevoir que l'homme devant lui, qu'il
connaissait pourtant depuis toujours, ne lui laisserait jamais de répit. Sa
volonté de le détruire paraissait inébranlable. Il avait compris cela
soudainement, sans qu'un seul mot ait été prononcé. C'était simple et évident,
maintenant; voilà, face à lui se tenait un être dont il venait à peine de percer
le secret. Inéluctablement, un jour ou l'autre, cet homme aurait sa peau. En
pensant au mot "inéluctable", il sourit. L'histoire d'Antigone, qu'il
adorait, lui était instantanément revenue à l'esprit. Antigone et son destin
tracé, le ressort de la tragédie déjà bandé... Il avait l'impression de pouvoir
ressentir très exactement tous les sentiments qu'Anouilh avait voulu prêter à
l'héroïne de sa pièce. C'était parfaitement insupportable. Il se mit alors à
rire, d'un rire de fou furieux qui le faisait trembler de la tête aux pieds.
Dans une pièce sombre et étroite, un homme riait horriblement devant un miroir.
Commentaires
Le miroir de la folie ou de la réalité, celui de l'envie ou de la lacheté. Vie mort et amour en une image reflétés...
Difficile de dire quelque chose de pas banal après tes mots alors je dirais juste que j'aime ce que je viens de lire et que j'espère qu'il y a une suite ?
Merci Pergo mais euh... non, rien de prévu, je ne le sens pas comme ça! ;) Pour moi ce petit texte se suffit à lui-même et n'appelle pas de suite.
est ce que c'est toi qui es l'auteur de ces écrits ?
On est souvent notre propre ennemi, mais je pense que peu de gens s'en rendent compte. C'est tellement plus facile de faire retomber la faute sur les autres sans voir ses propres erreurs. Attention, je ne dis pas que tout est de notre fait, il y a quand même des évenements extérieurs qui nous tombent dessus sans qu'on ait rien demandé. Mais je repense à mon avant-dernière expérience professionnelle extérieure. L'aurais-je vécu aussi mal vecu si j'avais été plus forte ? Si j'avais su renvoyer cette sale bonne-femme dans ses pénates ?
Avec le recul, je pense que oui, parce que je l'avais recroisé quelques temps plus tard et j'avais su lui dire très succintement ma façon de penser...
Je te raconte ma vie, là, non ?
Figure-toi que tu es la bienvenue ici quand tu veux pour raconter ta vie à nouveau, Hélène! :) Ces textes sont de moi, oui.
oh je me suis mal exprimée, je ne voulais pas dire une suite au texte à proprement parler, mais une suite dans les écrits de la sorte... enfin tu comprends quoi, juste pour dire que j'espère que tu vas continuer à écrire et qu'il y aura des suites et des suites;)
Ah ok! :)) Eh bien je l'espère, tu sais, je l'espère... L'envie revient, mais pour l'inspiration ça ne dépend pas de moi... :)
Maupassant
As tu lu le Horla de Maupassant?
Oui Arnaud... Je suis une adoratrice de Maupassant! ;) C'est vrai que ça y fait penser un peu! C'est involontaire. :)
Ah!
C'est une nouvelle surprenante. Je suis content que tu l'apprecies. C'est donc une excellente nouvelle que tu aimes cette nouvelle.
Bref...Voilà...Euh, rien d'autre en fait...
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